Vous êtes vous déjà demandés pourquoi les manifestations sociales, les revendications démocratiques ne faisaient elles plus recette dans les rues ? Pourquoi n’existe-il plus de débat sur le fond ou si rares sont ils ?

Les forces en présence ont changé depuis plus de 10 ans.

En effet, les réseaux sociaux, les fabricants de contenu fournissent les nouveaux outils de captation de l’attention et du savoir, des ersatz d’une liberté de la pensée. Nous sommes sous perfusion, sous l’influence d’une nouvelle gouvernance qui uniformise la pensée et prend le contrôle de notre cerveau.

Ces outils virtuels sont extraordinaires pour qui sait sélectionner le “savoir”, le valider, s’en enrichir et le partager. Là je dis un grand “Oui”.

Mais, on nous fait croire que nous sommes des “sachants”, on nous dit être “connectés aux autres”, des “communicants” d’une nouvelle ère.

Qui a le pouvoir ?

Par l’intermédiaire de nos biais cognitifs, nous donnons notre avis sur tout et surtout sur rien. Nous avons l’impression d’avoir du pouvoir et de galvaniser notre égo en comptant nos “like” et nos “flammes” pour les ado. A quoi bon s’exprimer dans la rue puisque je l’ai fait dans un tweet, j’ai balancé mon amertume, mon expertise et en plus je suis soutenu par des “amis” virtuels.

Nos gouvernants en sont conscients mais il s’agit là d’un méta-pouvoir qu’eux mêmes ne maîtrisent pas. Celui de la cognition, de la maîtrise du savoir et de l’attention.

A l’aube de l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, toujours plus addictifs, sont un terrain de jeu fabuleux pour une neuro-gouvernance au pouvoir. Un terrain de jeu fertilisé par le glyphosate de la pensée unique et non éthique.

D’une société du savoir, d’intelligence collective, le web a été capté par les sociétés privées qui s’en sont emparées pour designer le web à l’image de leur business model : à savoir prendre le pouvoir sur notre cognition et notre attention. Tout l’enjeu est là et ce n’est qu’un début.

Cette nouvelle neuro-gouvernance élimine les controverses, la singularité du savoir et de la pensée, en somme la richesse et l’altérité de chacun.

La Sous-traitance cognitive ou la délégation du savoir

Nous modifions jour après jour nos schémas neuronaux, nous raccourcissons nos capacités d’attention de manière inquiétante, une perte de nos capacités d’analyse, de réflexion et de notre autonomie cognitive.

Comme le souligne Katherine Hayles, nous transférons progressivement nos capacités cognitives vers l’extérieur vers un environnement complexe. Nous nous délestons ainsi d’une partie de notre savoir voire de l’expression de nos émotions.

Un document Facebook récemment divulgué a indiqué que la société avait proposé aux annonceurs sa capacité à déterminer l’état émotionnel des adolescents en fonction de leur comportement sur le terrain, et même de repérer les «moments où les jeunes ont besoin d’un renforcement de la confiance». Facebook a reconnu que le document était réel, mais a nié qu’il offre « des outils pour cibler les gens en fonction de leur état émotionnel ».

Notre conscience, gardien de notre autonomie et de notre libre arbitre

Ce savoir “déporté” et déjà embarqué dans des milliers de serveurs n’est pas une fatalité.Cessons d’attendre de l’assistance de nos gouvernants sur nos choix éducatifs et moraux. A l’instar d’une nutrition saine, un usage éthique, pérenne et raisonné de nos outils est la solution. En un mot : l’équilibre. Cette slow-tech ne dépend de personne d’autre que de nous. Reprenons le pouvoir, le nôtre.

Là est la richesse de l’être humain. Comme le dit Jean-Paul Sartre : “l’homme est condamné à être libre”. Il nous appartient donc de faire des choix et nous sommes nos choix. Cette résilience qui est en chacun d’entre nous, nous rendra plus fort plus libre qu’hier.

Vous avez le choix d’accélérer, de payer toujours plus cher le prix du péage de la servitude du savoir et de l’attention.

Soyons conscients qu’il est encore possible de prendre une route de traverse, aux paysages somptueux et inconnus, de ralentir, de couper le moteur, de descendre de la voiture, de marcher sur la plage, de sentir l’eau sur nos pieds, de se reconnecter à soi, à nos émotions.

Changeons les couleurs du décor, soufflons sur les nuages de l’asservissement pour redonner de la lumière à notre propre identité et du sens à notre conscience.