Beaucoup d’entre nous s’interrogent sur la relation étrange que nous entretenons avec notre smartphone.

Pourquoi cet attachement inconditionnel ? qu’est ce qui motive cette dépendance ? que se passe t-il en moi qui fasse que je ne puisse m’en détacher naturellement ? Quelle force me pousse à le consulter incessamment ? Pourquoi ne suis je pas maître de moi ?

Il existe incontestablement une mécanique d’addiction du contenu issue des routines neurophysiologiques. Or je vais aborder dans cet article l’approche du “contenant” de l’objet en tant que tel (cf. Nomophobia).

Le téléphone intelligent est bien plus qu’un simple objet. Il est à la fois une extension du soi et une partie de nous.

Mais d’où vient en tant qu’adulte ce sentiment de vide qui nous assaille quand nous sommes loin de notre téléphone ?

J’abordais dans mon premier article la notion de “doudou moderne rassurant et égotique”. Selon moi, la clé de notre dépendance à l’objet est là.

La notion de “doudou” a pour origine les travaux de Donald Winnicott pédiatre et psychiatre britannique du milieu du du XXème siècle. D.Winnicott parle “d’objet transitionnel” à partir du moment où l’enfant se détache de sa mère. Symbolisé par un objet imposé à l’enfant ou choisi par ce dernier, l’enfant projette alors dans l’objet transitionnel une partie de sa mère comme une extension d’elle même.

L’objet transitionnel selon D.Winnicott serait un “objet d’addiction structurant pour l’enfant”. Il  entame alors une démarche d’internalisation de l’objet qu’il lui permet de développer son imaginaire propre et dissociée de la mère.

Ainsi dans son apprentissage initiatique et au travers de son doudou, l’enfant garde un contact avec sa mère en découvrant la liberté “d’être”. L’objet addictif, à la fois symbolique et bien réel, est un rempart pour se protéger contre l’inconnu et donc contre la mort.

L’idée symbolique de la mort est ancrée en nous depuis notre origine. Or l’être humain a été le seul animal à pouvoir, pour son évolution, se libérer de cette angoisse en symbolisant cette notion au travers d’allégories, dessins, fresques, récits.

Les rites initiatiques, ceux qui permettent de passer de l’état d’enfant à celui d’adulte, sont aussi une expression de cette libération. Le saut vers l’inconnu vers l’indicible vers le néant. Se confronter à la mort.

Aujourd’hui, scotchés à nos téléphones, nous gardons au plus profond de nous ces mêmes angoisses, ces peurs originelles. Elles resurgissent aujourd’hui au travers du téléphone comme rôle de catalyseur.

Mais alors comment passer “le rite initiatique” de l‘utilisateur addict à l’utilisateur équilibré ?

L’Homme est libre. A l’image de la pensée de JP Sartre, l’homme doit faire un choix. Il doit faire face à l’épreuve, à la peur, à l’angoisse, à l’idée de se libérer comme l’enfant se libère de sa mère. Il a le choix de prendre le risque, de partir à l’aventure et de trouver des réponses à ses questionnements pour exister. Il a fait le choix d’évoluer.

Nous, en tant qu’individu, que voulons nous au plus profond ?

Le téléphone est un objet catalysant nos angoisses et nos peurs séculaires qui, en sa possession, rassure tel un rempart contre l’inconnu et le vide de ne plus être.

S’en libérer, se découvrir et reprendre le contrôle de soi, c’est accepter “d’être”, c’est accepter de continuer à évoluer et explorer.

Dans les décennies à venir, l’Homme imposera naturellement cette harmonie et équilibre entre lui et son outils. Il déposera bientôt son doudou dans son “coffre à jouet” et reprendra sa liberté inaliénable.